Quel sera le développement de la mérule aujourd’hui en France suivant les facteurs biologiques et cl

INTRODUCTION

De nombreux départements français sont aujourd’hui infestés par la mérule et le combat que les propriétaires concernés doivent mener pour y faire face est souvent laborieux et coûteux.

Penser pouvoir traiter le problème de la mérule lorsqu’elle a déjà accompli son action sur les éléments non visibles de la construction revient en quelques sortes à vouloir traiter un coup de soleil en mettant de la crème de protection sur les premières cloques… la peau finira par tomber malgré tout.

Ce champignon, comme tout nuisible, a besoin de conditions favorables pour prospérer et se développer. Il est néanmoins évident qu’aujourd’hui l’interaction de différentes pratiques exercées par les particuliers, les professionnels du bâtiment, mais également par les pouvoirs publics et les assureurs, explique ce processus de dégradation qui n’est pas qu’une fatalité biologique et climatique.

Nous verrons qu’il est avant tout un processus sociologique, lié à l’évolution des modes d’habiter, qu’il génère d’autres processus, économique et politique liés quant à eux aux techniques de réhabilitation et aux modes d’action développés par les pouvoirs publics.

Au regard de sa capacité à modifier les interactions entre un certain nombre d’acteurs, on peut se demander s’il existe des solutions, ou des pistes pour, si ce n’est éradiquer totalement la mérule de notre territoire, au moins limiter ou contenir sa progression?

HISTORIQUE :

Les désordres causés par certains champignons domestiques et destructeurs du bois ne sont pas nouveaux. On trouve déjà dans la Bible des conseils pour remédier au phénomène de la mérule, cette « lèpre des maisons », (appelée également « cancer des maisons ») et plus précisément dans des écrits de Moïse datant du XVe siècle avant Jésus-Christ. A cette époque, une maison frappée par ce mal était considérée comme frappée par un châtiment divin, un signe qu’elle était impure et que quiconque y entrerait serait lui aussi frappé d’impureté. Dieu prescrivait alors un cérémonial très précis pour tenter de débarrasser les charpentes et même les pierres de cette « lèpre ». Si le mal persistait, il était alors nécessaire d’extraire et d’acheminer les matériaux souillés dans un lieu lui-même impur, voire de détruire l’ensemble de l’habitation.

L’homologie entre la mérule et la lèpre n’est pas surprenante si l’on analyse leurs conséquences. En effet, dans un cas comme dans l’autre les éléments qui en sont touchés, finissent inéluctablement détruits.

Mais plus proche de nous, la mérule a été un des ennemis les plus redoutables de la Royal-Navy. Au XVIIe siècle, le capitaine Nelson, vainqueur des troupes napoléoniennes lors de la bataille de Trafalgar, a vu une partie de sa flotte anéantie par la mérule! En effet, la recommandation de baigner les troncs d’arbres qui serviraient à la construction de sa nouvelle flotte, pour en extraire la sève, de les faire sécher au soleil puis de les conserver durant un certain temps, avant leur utilisation finale, ne fut pas respectée. La moitié de ses navires ne put jamais prendre la mer.

La mérule n’est en définitive pas un champignon autochtone. Voyageant de port en port, les souches de Serpula lacrymans ont d'abord migré en Amérique du Nord (on la trouve au Québec notamment où elle cause des ravages de grande envergure) puis en Amérique du sud et enfin en Océanie et en Europe.

Elle se serait donc installée en France au gré des échanges commerciaux avec les Etats-Unis, à la fois par l’importation de bois de construction depuis l’Oregon mais plus probablement à la suite de son installation dans les coques de bois des navires marchands, la propageant ainsi dans de nombreux ports de commerce occidentaux. La carte de son infestation en France met bien en évidence ce déploiement le long du littoral.

DESCRIPTION DU CHAMPIGNON

La mérule « pleureuse », est un champignon macroscopique, c’est à dire qui se voit à l’œil nu. En surface, sa substance s’apparente à de la ouate épaisse, ou à une toile d’araignée de couleur blanche, qui petit à petit virera vers le gris. On le qualifie souvent de champignon parasite mais ce terme général est erroné, car un parasite est un organisme vivant qui vit au détriment d'un autre organisme vivant, or le bois mis en œuvre dans le bâti est du bois mort, il s'agit plutôt d'espèces saprotrophes qui entrent dans la famille des nuisibles.

La Mérule se nourrit donc du bois et se propage en le détruisant, lui faisant perdre toute rigidité, d’où un danger d’effondrement si elle s’attaque à des poutres ou des escaliers en provoquant une pourriture à fractures profondes dite cubique. Le champignon doit bénéficier de conditions idéales pour se propager : espaces obscurs, humides, mal aérés et où la température est régulière et tempérée.

En début de croissance, sous sa forme végétative, la mérule s’étend sous forme d’une multitude de filaments, lesquels en s’agglomérant forment le mycélium, de consistance ouateuse ou laineuse assez épais. C’est le contact du mycélium avec le bois humide qui offre au champignon les éléments nutritifs dont il a besoin pour grossir.

Par la suite, si les conditions du milieu deviennent défavorables à la production de mycélium (par exemple par une diminution de l’humidité ou l’absence de substrat nutritif), des structures en forme de crêpes, appelées sporophores, vont s’étaler à la surface des murs, du bois, parfois du sol. Leur contour est sinueux. La marge est blanche et le centre ridé, visqueux et de couleur rouille soutenue.

Ces sporophores, qui sont en fait la fructification du champignon, peuvent mesurer de quelques dizaines de centimètres à deux mètres de large et vont produire alors des spores se dispersant dans l’air ambiant et assurant ainsi la reproduction du champignon. Un sporophore de 10 cm2 peut libérer dans l’atmosphère 4 à 5 milliards de spores ! C’est la formation de mycélium ou la présence de sporophores sur les surfaces exposées telles que la maçonnerie, les plinthes et les cadres de portes qui permettent de révéler la présence de la mérule dans un bâtiment, alors que les surfaces non apparentes et confinées sont déjà colonisées. Cependant, la plupart du temps, le mycélium ne forme pas de sporophores.

Cette forme luxuriante, décroît alors en épaisseur et devient plus coriace lorsque l’humidité vient à manquer. Elle prend alors une coloration plutôt gris sale parfois marbrée de beige ou de violet.

Quand elle aura épuisé les réserves de bois ou bien quand les conditions ne lui seront plus favorables, la mérule n’arrêtera pas pour autant sa progression. Elle aura recours à un mode d’action surprenant pour aller s’attaquer à d’autres boiseries, même sèches.

Pour ce faire, elle déploiera des filaments mycéliens très fins, les hyphes, mesurant quelques millièmes de millimètre de diamètre, qui vont s’assembler pour former des petits cordonnets appelés syrrotes. Ces syrrotes, de couleur gris brun, dont le diamètre peut atteindre 15 mm ont une fonction simple : prospecter au cœur du bois et même à travers les joints de maçonnerie, à la recherche d’une nouvelle source d’humidité lui permettant de survivre. L'eau y transitera, mettant moins de deux heures pour voyager sur un mètre. Ainsi, une maison mitoyenne saine peut être sujette à une invasion de mérule. En outre, si elle ne trouve plus les conditions nécessaires à sa croissance, elle pourra rester à l’état de latence et recommencer à s’étendre lorsque les conditions seront à nouveau présentes. Cet endormissement peut durer plusieurs années.

L’infestation fongique se développe de façon omnidirectionnelle jusqu’à douze centimètres par semaine. L'odeur du champignon est désagréable et légèrement fétide avec l'âge.

La confusion possible avec le « coniophore des caves » qui attaque des bois à des humidités supérieures à 40 pour cent et qui n’est pas destructeur comme la mérule.

LES FACTEURS BIOLOGIQUES ET CLIMATIQUES :

La mérule prolifère presque exclusivement dans les bâtiments. Même si d’autres types de champignons lignivores peuvent coloniser ces mêmes bâtiments, la mérule revêt une importance particulière, puisqu’elle est considérée, à raison d’ailleurs, comme la plus destructrice et la plus difficilement contrôlable de toutes les espèces.

Plusieurs conditions lui sont donc nécessaires pour qu’elle se développe et prospère :

Des nutriments:

La mérule est un champignon lignivore. Elle se nourrit de la cellulose du bois, dont la teneur en lignine est très forte. La lignine a pour principales fonctions d'apporter de la rigidité au matériau, une bonne imperméabilité à l'eau et une grande résistance à la décomposition. L’absorption de cette lignine entraîne de fait la décomposition du bois et la destruction de ses propriétés structurantes.

Toutes les essences de bois sont susceptibles d’être attaquées par le champignon, sa préférence allant au résineux (Pin, sapin et épicéa) mais elle ne rechigne pas devant d’autres bois durs.

De l’humidité dans le support:

Il lui faut incontestablement une humidité suffisante au cœur du matériau pour pouvoir digérer la cellulose. Un taux moyen d'humidité du bois compris entre 22% et 35% lui est particulièrement favorable. Au-delà de 40%, elle ne peut plus se développer, en-deçà de 22%, elle périt. Mais comme expliqué précédemment les syrrotes sont capables de l’approvisionner en eau, lui permettant alors de continuer son œuvre destructrice.

Température:

La plupart des champignons sont mésophiles, c'est à dire qu'ils se développent autour de 20°C. Ils résistent remarquablement bien aux basses températures qui semblent même favoriser leur croissance une fois que les conditions normales sont rétablies. Les spores soumises à des températures de l'ordre de 80°C survivent. Les mycéliums sont tués aux environs de 55°C. C’est pourquoi certains biologistes considèrent que la mérule passe, au-delà de ses températures de confort, à l’état dormant, dans l’attente de conditions meilleures. Cette période d’endormissement peut vraisemblablement durer plusieurs années.

Confinement:

Contrairement aux végétaux chlorophylliens, la lumière n'est pas indispensable à la croissance des champignons. Néanmoins, pour développer des sporophores, c'est à dire fructifier, un peu de lumière lui est nécessaire. La mérule se plaît donc dans les espaces confinés, peu lumineux et surtout peu ventilés.

La naissance de la mérule s’explique donc très souvent par une rupture de l’équilibre hydrique des constructions qui induit un taux anormalement élevé de l’humidité des éléments de bois.

Cette rupture hydrique peut avoir plusieurs sources qui, lorsqu’elles se cumulent, contribuent à générer une surproduction de vapeur d’eau et offrent les conditions de développement idéales au champignon : tout d’abord le métabolisme des organismes vivants, donc des occupants (par sudation ou respiration), par leurs activités domestiques (cuisson, séchage du linge, douche, etc.), par les eaux de ruissellement et remontées d’eau par capillarité, ainsi que par les infiltrations d’eau dans la construction (dégâts des eaux, infiltration dans les menuiseries extérieures, les toitures, les canalisations défectueuses, à la suite d’un incendie ou de tout autre dégât des eaux qui n’est pas traité rapidement etc.).

Néanmoins, une maison bien entretenue, bien utilisée et bien ventilée n’offrira jamais à la mérule les conditions dont elle a besoin pour prospérer.

CONDITIONS DE DEVELOPPEMENT DE LA MERULE A L’INTERIEUR DES BATIMENTS :

La mérule se développe peu en milieu extérieur. Son introduction dans un bâtiment peut se faire par transport de spores ou de fragments du mycélium par voie aérienne (par des fenêtres, systèmes de ventilation ou portes ouvertes) provenant d’un milieu déjà contaminé, ou encore par le biais de vêtements, de semelles de chaussures, d’animaux domestiques ou de bois contaminé.

Il est utile de préciser que lorsqu’il y a présence de spores, la contamination d’un bâtiment n’est pas systématique. De la même manière, les moisissures, spores ou fragments de mycélium qui se déposent dans un bâtiment bien entretenu ou répondant aux normes actuelles de construction ne pourront pas se développer, peu importe leur nombre, puisqu'ils ne trouveront pas les conditions propices à cela. À cet égard, la croissance de la mérule est plutôt favorisée dans des bâtiments sujets aux infiltrations d’eau, mal entretenus ou ne répondant pas aux normes de construction.

Les bâtiments inoccupés pendant de longues périodes ou abandonnés et non entretenus de même que les chalets saisonniers convertis pour un usage quatre saisons pourraient offrir plusieurs conditions propices à la croissance de la mérule. L’humidité qui reste emmurée dans la structure du bâtiment et dans les emplacements sombres et non ventilés représente pour elle un environnement idéal à son développement.

C'est aussi le cas lorsque des matériaux peu ou non perméables à la vapeur d'eau (qui ne favorisent pas le séchage), comme les pare-vapeur ou certains isolants, sont mal utilisés ou mal installés.

Présence d’eau ou d’humidité dans les matériaux de bois, de papier et de carton mouillés, absence ou très faible luminosité, ventilation absente et température entre 5 °C et 26 °C : toutes les conditions sont réunies pour que la spore puisse « germer », entraînant alors le développement des « hyphes filamenteux » qui formeront en grossissant le mycélium.

L’infestation par la mérule devient visible le plus souvent par la présence d’un sporophore (anciennement carpophore), après une longue période d’absence ou lors d’une inspection d’un local rarement utilisé. A ce stade, le mycélium a déjà conquis des espaces dissimulés qui contiennent de la cellulose : derrière les papiers peints, sur le mobilier en bois, le papier kraft des isolants ou celui des plaques de plâtre. Et cette infestation peut être fulgurante, à raison de quelques jours seulement pour envahir une paroi complète d’une pièce.

La dégradation des bois de structure conduit rapidement à l’effondrement des éléments de charpentes, de planchers, ou tout autre contenant de la cellulose. Le point faible des constructions anciennes sont les encastrements des poutres et solives dans les murs. Les dommages sont irréversibles si le propriétaire tarde à engager des travaux de décontamination mais le processus de dégradation cesse lorsque les conditions sont corrigées, en diminuant le taux d’humidité, en asséchant ou en remplaçant les matériaux humides et en assurant une ventilation adéquate.

Certes la mérule est plus susceptible de dégrader le bois mou de résineux, mais cela ne l’empêche pas de s’attaquer aux bois durs : peu importe l’essence, le bois ne doit pas rester en contact avec l’eau ou l’humidité élevée. Dès les premiers stades de développement, elle colonise et détruit ce bois qui devient alors brunâtre, s’effrite et se fragmente (pourriture cubique brune ou pourriture sèche).

Outre les dégâts causés au bâti, des études soulèvent la question des risques sanitaires notamment allergiques liés à cette dissémination des spores.

Aujourd’hui la mérule prospère partout en France mais surtout dans les départements où il y a un fort taux d’humidité (la Bretagne, le Nord de la France et plus généralement dans le grand Ouest). Aujourd’hui une cinquantaine de départements ont été identifiés comme étant à risques.

LES PROCESSUS DE DEGRADATION SELON D’AUTRES FACTEURS :

Au-delà des conditions climatiques qui permettent à la mérule de se développer, entrent en ligne de compte un certain nombre de comportements et de pratiques qui créent des processus de préservation de l’équilibre écologique dont la mérule a besoin pour survivre.

Les processus sociaux qui contribuent au développement de la mérule s’expliquent par deux principaux facteurs que sont d’une part la représentation que les propriétaires se font de leur habitation et par les évolutions liées aux modes d’occupation d’autre part, qui influenceront l’évolution de certains quartiers.

  • Représentation de la pérennité des constructions limite les efforts d’entretien :

Bon nombre de personnes considèrent à tort que le bien immobilier dont elles ont l’usage a une durée de vie quasi permanente, que les affres du temps n’ont que peu d’effets sur lui. C’est le cas concrètement dans notre département du Nord, les habitations de type 1930, parfois même plus anciennes, semblent en effet inaltérables. Elles se tiennent là, alignées et toujours debout depuis près d’un siècle, et sont même pour la plupart, de plus en plus agréables à vivre.

Quand ils en sont les occupants, les propriétaires engagent certes les travaux nécessaires à un certain confort mais ceux qui louent leur bien ont du mal à imaginer devoir financer l’entretien pendant des décennies, ou du moins régulièrement, alors même que l’investissement de départ ait déjà été perçu comme un réel sacrifice.

Les copropriétaires renâclent quant à eux à voter des charges d’entretien des parties communes demandées par les syndics. Les locataires ne sont pas en reste non plus, exigeant parfois des travaux d’amélioration de leur logement qui selon eux justifieraient le montant du loyer qu’ils payent tous les mois. De plus, ces mêmes locataires se dédouanent de leur réalisation, au motif que c’est au propriétaire de s’en occuper puisque c’est lui qui perçoit ces loyers. Bien évidemment, le coût de ces rénovations n’incite pas ces propriétaires à investir comme il le faudrait, générant par conséquent un risque de dévalorisation du bien immobilier.

A contrario, les sociétés immobilières semblent être les seules à percevoir les risques de dévalorisation de ces biens d’habitation au regard des dégradations occasionnées par un manque d’entretien, notamment des façades ou des parties communes pour les immeubles collectifs.

  • Reconnaissance de la vulnérabilité des constructions en bois lorsqu’il est apparent :

Les constructions faites essentiellement de bois échappent en revanche à cette impression d’inaltérabilité, ce qui au fil du temps a conduit à leur régression, du moins en France, car ce n’est pas le cas dans d’autres pays comme aux Etats-Unis ou au Canada par exemple. Dans notre pays, on utilisait en effet ce matériau dans les constructions plutôt utilitaires (granges, hangars) ou pour l’habitat de populations moins aisées. Mais avec le temps ce sont des constructions qui n’ont plus inspiré la même solidité que celles faites de matériaux modernes, résistants, isolants et parfois même esthétiques. Les risques d’incendie ont largement aussi contribué à voir ce type de matériau disparaître progressivement. Pourtant, le bois revient petit à petit et ce que peu de gens savent, c’est que les types constructifs dits mixtes, que l’on trouve à Paris dans les grands immeubles haussmanniens, sont constitués de murs intérieurs essentiellement en pans de bois remplis de mortier. Ce mortier de remplissage est en quelque sorte recyclé puisqu’il incorporait les gravats d’anciens bâtiments démolis.

  • Représentations associées aux dégradations dues à l’eau et à l’humidité :

Ce qui inquiète davantage les propriétaires, ce sont les dégradations dues aux infiltrations d’eau, parce qu’elles sont visibles et souvent évitables. Une toiture, une fenêtre ou une gouttière en déficit d’étanchéité aura pour conséquence une apparition d’humidité parfaitement visible sur les murs intérieurs ou la façade, le pignon, et bien souvent, ces désordres seront constatés immédiatement. Les occupants sont donc attentifs à ces risques potentiels et axent leurs efforts sur l’étanchéité de la construction souvent au détriment d’un autre principe essentiel. Il est en revanche assez rare que ces mêmes propriétaires ou d’une manière générale les occupants prennent conscience des remontées capillaires au sein des murs, depuis la cave ou en raison de l’humidité ambiante des pièces.

  • L’évolution des attentes en matière de confort : tendance au confinement

Depuis une cinquantaine d’années, est venu s’ajouter à ce déficit d’entretien un autre facteur sociologique, qui est celui de l’évolution des attentes en matière de confort et des rapports que les personnes ont commencé à entretenir avec leur corps. Le mouvement dit « hygiéniste » qui s’était développé depuis le XIXème siècle déjà, avait effectivement influencé la conception de l’habitat notamment par l’élargissement des rues, l’agrandissement des fenêtres pour une luminosité accrue et le développement des installations sanitaires ou l’amélioration des réseaux d’assainissement.

En revanche, ce n’est que dans les années soixante qu’ont été largement introduits dans les logements l’eau courante et les salles d’eau qui n’existaient que dans à peine 50% des logements. Chez nos grands-parents, il fallait sortir dans le jardin, voire traverser la rue pour se rendre aux sanitaires. Cette évolution des aspirations individuelles a de fait orienté la conception de l’habitat, notamment par la construction de grands ensembles de logements sociaux au sein desquels les occupants pouvaient bénéficier du chauffage central et de l’accès à l’eau chaude. Cela a donc fait évoluer les pratiques corporelles puis par effet boule de neige les rapports à l’alimentation (préoccupations diététiques), aux activités sportives souvent même au sein du logement (qui ne se souvient pas des cours télévisés de « gymtonic » de Véronique et Davina devant lesquels bon nombre de jeunes filles déguisées en chamallow se balançaient le dimanche matin alors que nous, les garçons, attendions plutôt « Auto-moto » ?).

Alors, effectivement, transpirer devant sa télé, prendre une douche (ou deux), faire chauffer de l’eau de cuisson, sécher son linge ou tout simplement respirer, créé de la vapeur d’eau qui se condense, et ce, à raison de plusieurs litres par jour et par famille. C’est ainsi que peu de gens font le lien entre l’imprégnation des murs par cette humidité ambiante et le déficit de ventilation qui pourra sournoisement instaurer les premières conditions propices à des désordres dont le développement de champignons (aggravés par une autre tendance…).

  • La protection contre le climat et la perte de l’adaptation aux contraintes de l’environnement :

Ce nouveau penchant à se consacrer davantage à son corps a incité les gens à se prémunir aussi des rigueurs du climat, et par voie de conséquence, des risques de maladies. Le corolaire évident les a donc conduits à se calfeutrer chez eux, en cherchant à gagner quelques degrés par une amélioration de l’isolation, aussi bien thermique qu’acoustique. De plus, la pratique ancestrale d’aérer quotidiennement son logement s’est petit à petit estompée, créant par conséquent un espace de vie probablement plus « douillet » mais davantage confiné. Ces phénomènes se produisirent également dans les immeubles pourtant souvent munis de systèmes de ventilation mécanique contrôlée (VMC) qui certes permettent de renouveler l’air ambiant mais sûrement pas à la hauteur de ce qu’il faudrait au regard des modes d’habiter. Combien d’occupants n’ont pas en période hivernale, obstrué les grilles d’aération en raison du vilain courant d’air froid ou même du bruit qu’il générait ?

Le mode d’occupation, et notamment la sur-occupation aura bien évidemment une incidence non négligeable sur la production de vapeur d’eau: plusieurs litres par jour pour une famille!

A chaque instant l’air ambiant contient une certaine quantité de vapeur d’eau appelée humidité relative. A une température et une pression données, l’air ne peut contenir qu’une quantité limitée d’eau sous forme vapeur. Cette quantité croît avec la température. Cette vapeur dans l’air intérieur est donc susceptible de créer de la condensation en surface ou à l’intérieur des matériaux froids constitutifs des parois extérieures (murs et baies vitrées) ou des plafonds au niveau des ponts thermiques, pouvant même entraîner une dégradation mécanique et esthétique des matériaux. Cette vapeur peut aussi favoriser la pollution biologique de l’air intérieur (moisissures, bactéries, virus…).

De la même manière que la sur occupation, l’inoccupation constituera un risque d’infestation par manque de luminosité, de ventilation, et par accroissement d’humidité dans l’air ambiant.

  • L’influence des mérules sur l’évolution des quartiers, leur peuplement et le fonctionnement social urbain :

Nous avons vu que, d’une manière générale, et même dans les zones non touchées par la présence de mérules, les propriétaires rechignent à réaliser des travaux de réhabilitation, souvent par manque de moyens. Cette situation se confirme également dans les régions humides, donc en proie à la menace du champignon, ce qui se traduit, dans les quartiers touchés, par un niveau de confort limité pour ses occupants. Les prix de l’immobilier et par conséquent les montants des loyers sont également réduits. C’est pour cette raison que la population qui occupe ces logements est assez homogène en termes de situation socio-professionnelle. Elle s’accommode en effet du faible niveau de confort qui leur est proposé en misant sur d’autres avantages au premier rang desquels se trouve le prix des loyers, éventuellement l’urbanité lorsque les quartiers se situent en centre-ville. Ces personnes sont de deux types. Une première catégorie constituée de retraités sans moyens financiers qui vivent seuls et qui laissent petit à petit leur place à la seconde catégorie représentée souvent par des personnes jeunes, également seules ou en couple, en transition professionnelle, en études supérieures mais souvent aux revenus modérés. Ces deux catégories acceptent (malheureusement pour les personnes âgées), leurs conditions de logement pour une période limitée. Quoi qu’il en soit, ils investissent peu dans les activités domestiques ou la décoration, sont peu sensibles au statut social que reflète leur habitat. La rotation fréquente de ces occupants conduit logiquement les pouvoirs publics à limiter leurs efforts d’investissement dans l’entretien des espaces urbains au profit des quartiers dont la population est stable, donc d’un niveau social plus élevé. C’est seulement lorsqu’un drame survient que les questions d’insalubrité sont mises à jour, relayées notamment par les médias, sinon, ce sont souvent les catégories sociales les plus aisées qui savent donner de la voix pour revendiquer une amélioration de leur condition. Ce déficit de gestion urbaine impacte la qualité des voieries et des réseaux divers (VRD), génère de fait des dégradations dues aux infiltrations d’eau dans les fondations ce qui entretient la dévalorisation des quartiers.

La combinaison de processus techniques, économiques, sociaux et politiques alimente ce processus de dégradation qui contribue à dévaloriser économiquement et socialement les quartiers concernés.

PROCESSUS ECONOMIQUES ET POLITIQUES:

L’amplification de la mérule instaure le développement de nouvelles activités économiques, notamment de traitement du bois, mais aussi le recours à des experts et des maîtres d’œuvre, et mobilise les pouvoirs publics qui doivent faire face à ces processus de dégradation en essayant de mettre en œuvre des programmes de réhabilitation adaptés pour répondre à ces problèmes. Pour cela ils tendent à se rapprocher de centres experts en recherche technique tels que le CTBA (centre technique du bois et de l’ameublement) et le CSTB (Centre scientifique et technique du bâtiment).

  • La mobilisation et l’interpellation des experts :

La mérule niche et se développe à l’abri dans les éléments de constructions en bois. Elle n’est souvent détectée que lorsqu’il est trop tard et que les bois sont déstructurés et ont perdu de leur performance.

Les diagnostiqueurs sont donc incités par la réglementation à étendre leurs recherches de champignon lignivores lorsqu’ils procèdent à un diagnostic termites, qui lui, est obligatoire. Ils sont pourtant parfois mis en cause lorsque le champignon apparaît à la suite d’une transaction, accusés d’avoir échoué dans leur mission, ou pire, soupçonnés de favoriser les intérêts de certains acteurs au détriment d’autres dans le cadre des transactions. Sur ce point, les choses ont bien changé aujourd’hui, avec la professionnalisation de l’activité et l’obligation d’indépendance et d’impartialité pour le diagnostiqueur imposée par l’article 271-6 du Code de la construction et de l’habitation (CCH) : « le diagnostiqueur ne doit avoir aucun lien de nature à porter atteinte à son impartialité et à son indépendance, ni avec le propriétaire ou son mandataire ni avec une entreprise pouvant réaliser des travaux sur les ouvrages, installations ou équipements pour lesquels il lui est demandé d’établir l’un des documents mentionnés faisant partie du dossier de diagnostic technique ».

  • L’influence des pratiques d’aménagement et de gestion des immeubles et des espaces urbains :

Il n’est pas question d’imputer cette situation uniquement aux propriétaires car les pouvoirs publics ont également une part de responsabilité qui tend à favoriser le développement des mérules, notamment en ville. Les pratiques d’aménagement individuelles évoquées plus haut ne sont pas étrangères à la perpétuation du fléau mais il faut noter aussi que certaines négligences dans l’aménagement et la gestion des réseaux d’assainissement y contribuent sensiblement.

En effet certaines voieries ne prennent pas toujours en compte la pente nécessaire à l’écoulement des eaux, retenant alors les pluies le long des immeubles d’habitation. Cette eau se propage donc à la verticale dans les sols et les fondations si l’étanchéité « sol-murs » n’est pas effectuée à la conception. De même, une fuite de canalisation enterrée, que ce soit d’eaux-vannes ou eaux grises, peut être préjudiciable à tout un quartier si le dégât n’est pas détecté à temps.

Une autre pratique qui s’est développée depuis une cinquantaine d’années, et qui concerne les immeubles de certaines grandes villes, touche les cours en cœur d’îlots. En effet, par nécessité d’espace, notamment de places de parking, ou pour bénéficier d’un peu de verdure, les propriétaires ont pu réaménager ces espaces en surélevant les sols sans toujours prévoir le drainage nécessaire ou l’aménagement d’une pente suffisante. Le transfert d’humidité vers les murs des caves est alors accentué. Autrefois ces caves, qui servaient à stocker le charbon de chauffage, absorbeur naturel d’humidité, étaient particulièrement bien ventilées pour le séchage de ce charbon. Or, de nos jours, on y entasse surtout de vieux meubles en bois et les ouvertures qui permettaient de ventiler le local tendent à être obstruées par les habitants pour préserver leur matériel. La mérule, ou d’autres insectes à larves xylophages trouveront ainsi un environnement plus favorable à leur développement.

On remarque donc que les pratiques des pouvoirs publics se combinent avec celles des particuliers. Cela témoigne peut-être un certain appauvrissement de connaissances techniques et de conscience culturelle chez l’homme d’aujourd’hui, au profit d’une confiance absolue mais illusoire qu’il porte à la qualité des matériaux face aux menaces naturelles. A titre d’exemple, certaines personnes continuent de vivre, en toute connaissance de cause, dans des zones à risques, soit d’inondations soit de submersions, puisque des permis de construire leur ont été délivrés par les pouvoirs publics, s’exposant ainsi à des désordres naturels bien plus dévastateurs que notre chère mérule.

PROCESSUS TECHNIQUES:

  • L’incidence paradoxale de la réglementation technique du bâtiment :

Depuis le premier choc pétrolier de 1973 les réglementations thermiques (RT) se sont succédé visant à réduire la consommation énergétique de nos immeubles d’habitation et à limiter nos émissions de gaz à effets de serre. Ces réglementations se justifient parfaitement, car c’est le secteur du bâtiment qui est le principal gisement d'économie d'énergie en France (le secteur résidentiel-tertiaire est responsable de 41% de l’énergie totale consommée en France et 25% des émissions de gaz à effets de serre).

Aujourd’hui la RT 2012 impose, pour qu’une construction neuve soit réglementaire, que trois exigences soient respectées par l’architecte: le besoin bioclimatique (BBio), la consommation d’énergie primaire (CEP) et la température intérieure conventionnelle (TIC) appelé confort d’été.

De la même manière que la RT 2012 existe pour les constructions neuves, une réglementation thermique des bâtiments existants est également imposée pour les habitations existantes dès lors que les travaux de rénovation sont prévus par le maître d'ouvrage, c’est-à-dire le propriétaire. Ils concernent l’enveloppe du bâtiment (isolation par l’intérieur ou par l’extérieur, les parois vitrées), les systèmes de fourniture d’eau chaude sanitaire, les systèmes de chauffage ou de refroidissement, ceux de ventilation et d’éclairage et enfin la mise en œuvre de systèmes à base d’une énergie renouvelable.

Or, peu de particuliers ont connaissance de cette réglementation, ou feignent de ne pas la connaître. C’est donc au professionnel (prescripteur, économiste, artisan, etc.) d’informer les propriétaires de cette obligation.

L’autre effet paradoxal de ces réglementations est qu’elles tendent à dissuader certains propriétaires de se lancer dans des travaux de réhabilitation, en raison des coûts financiers. Quand les propriétaires jouent le jeu, leurs exigences via les maîtres d’œuvre, responsables de la coordination et la supervision du projet, (et responsables devant la Justice des conséquences de leurs travaux) imposent aussi de fortes contraintes sur les corps d’état sollicités, notamment en termes de résultats et de délais. Ainsi la judiciarisation dans le secteur du bâtiment et travaux publics (BTP) progresse inévitablement, par une multiplication des litiges entre les différents acteurs.

  • Le recours à des techniques constructives menaçant la stabilité des bâtiments pour se prémunir du développement de la mérule :

Les contraintes évoquées précédemment ont donc incité bon nombre de propriétaires à réaliser eux-mêmes leurs travaux en usant de certaines techniques constructives pouvant mettre à mal la stabilité des bâtiments et menacer la pérennité de leur bien. Aussi, ils font volontairement ou non, l’impasse sur certains critères essentiels dans la conception de ces travaux.

Le principe de ventilation, (au profit de l’isolation ou de l’étanchéité), est en effet parfois oublié, favorisant l’apparition progressive d’humidité qui affectera à coup sûr certains éléments de construction, surtout en bois. De même, l’emploi inadéquat de certains enduits étanches, la mauvaise installation de pare-vapeur ou de certains isolants, l’obturation des ventilations, le non respect de l’équilibre original de la construction lors des rénovations permettra aux champignons de se développer. Leurs lacunes techniques ou tout simplement l’imperceptibilité des risques menaçant l’habitation, ne guideront pas les propriétaires vers des travaux visant à remédier aux problèmes à leur source.

De même dans le cas d’immeubles collectifs, l’entretien et la rénovation des parties privatives sont souvent priorisés, au détriment des parties communes, plutôt négligées. Les désordres apparaissent alors souvent par ces parties d’immeubles non habitées.

  • Les pratiques des entreprises chargées de l’amélioration ou de la réhabilitation des constructions :

L’état de conservation d’une habitation peut avoir une certaine influence sur les consommations d’énergie.

Deux critères sont à maîtriser quand on veut améliorer la résistance thermique de l’enveloppe d’une construction: l’humidité et le risque de chocs thermiques sur des parois mal dimensionnées.

En effet, un logement aux murs humides requiert une température de chauffage plus élevée pour équilibrer l’effet de paroi froide mais aussi pour évacuer cette eau par évaporation. Il sera aussi essentiel de renouveler l’air par une bonne ventilation. Si les ouvrants d’une fenêtre sont trop étanches à l’air par exemple, les désordres apparaîtront.

La réalisation de conduits d’évacuation efficaces dans les pièces où la vapeur d’eau est produite est une précaution assez simple pour empêcher l’air chaud et humide de condenser sur la paroi interne du mur et l’évacuer à l’extérieur.

Aussi, une isolation thermique trop importante d’un mur peut provoquer en été des élévations de température sur les parois exposées au Sud et de là, attaquer les mortiers anciens ou créer des fissures dans les dalles de béton pour les constructions récentes.

Or, les entreprises qui ne sont pas soumises à la pression d’un maître d’œuvre adaptent plutôt leurs techniques au regard, non pas de ce qui imposé par une réglementation mais plutôt de ce qui peut l’être objectivement en tenant compte des spécificités de la construction existante, et des demandes de leur client. Elles s’attachent en effet à réaliser une intervention de qualité, au détriment d’une cohérence d’ensemble que la « RT Existant » pourrait prescrire et qui leur paraît souvent inadaptée, tout comme le ferait un garagiste penché sur une vieille voiture accidentée. Il procéderait aux réparations nécessaires à sa remise en état mais n’en ferait pas pour autant un véhicule écologique.

Les différents corps d’état du bâtiment qui interviennent dans ces travaux sont divisés, organisés au regard des matériaux qu’ils utilisent et ne procèdent pas toujours à l’analyse des constructions existantes dans leur ensemble avant leur intervention. Remplacer de vieilles menuiseries en bois, (qui laissaient circuler un peu d’air de façon naturelle), par d’autres en PVC et avec des vitrages à isolation renforcée, nécessitera sûrement qu’une VMC soit installée…ce qui ne sera pas forcément pris en compte par le menuisier.

De même, vouloir remplacer un vieux plancher de bois par un autre en béton peut impacter la stabilité de la construction, surtout si elle n’a pas été conçue pour supporter de telles charges.

La formation de condensation sur les parois d’un bâtiment lors de la mise en œuvre des chapes, l’apparition de moisissure après la pose d’un revêtement imperméable à la vapeur sur un bâtiment ancien (ceux-ci utilisant des matériaux aux fonctionnements hygrométriques particuliers), sont autant de risques pour la durabilité d’un élément de construction lorsqu’il n’y a pas d’anticipation ou de coordination entre les corps d’état.

C’est donc bien au professionnel qui intervient, quel qu’il soit, de s’assurer que le client a bien considéré, dans l’ensemble des travaux qu’il prévoit, les contraintes que son intervention imposait pour éviter d’autres désordres.

PROCESSUS JURIDIQUES

  • Les enjeux juridiques autour du développement des mérules :

Enfin, le développement de la mérule bouleverse quelque peu la sphère juridique car il génère bon nombre de contentieux opposant acquéreurs et vendeurs, mais également agences immobilières en charge des transactions immobilières et experts du diagnostic immobilier, censés détecter l’intrus au préalable à une vente.

Le sujet est d’autant plus sensible que les dégâts que peuvent occasionner ces champignons peuvent contraindre les propriétaires à faire démolir la construction toute entière. Un diagnostic mérule n’existe pas en tant que tel, c’est un diagnostic termites qui contraint l’opérateur de diagnostic à informer sur la présence de la mérule (Art L271-4 du CCH) au sein de l’habitation. Dans le cas où la présence du champignon est avérée, c’est à l’acheteur et au vendeur de négocier la transaction au regard de la situation révélée. (Prise en charge par l’un ou par l’autre, du traitement de l’infestation). En revanche, si le diagnostic ne révèle pas la présence de mérule, il est possible qu’ultérieurement, l’acquéreur invoque une faute professionnelle de l’expert, ou une malhonnêteté du vendeur lui ayant dissimulé le vice. Il incombera dans ce cas au vendeur de prouver sa bonne foi et sa probité, sachant que l’apparition de la mérule peut être soudain et son développement explosif, comme nous l’avons vu précédemment. Quelle est alors la responsabilité du vendeur alors que le champignon peut se maintenir en état d’inactivité pendant de longues périodes avant de se réveiller à nouveau ? Telle est la complexité des conflits juridiques en la matière.

  • La mise en défaut du système d’assurance et l’influence sur le positionnement des compagnies :

Les assurances habitations n’indemnisent pas les dommages causés par ce champignon. L’assureur estime en fait que sa propagation découle d’un défaut d’entretien. Traiter une infection par la mérule est extrêmement coûteux. Peu d’assureurs également prennent en charge la prévention ou les travaux liés à ce type de sinistre. Les autres ont augmenté considérablement leurs tarifs ce qui accroît d’autant les coûts des réhabilitations. En Bretagne par exemple, seules deux compagnies tiennent le monopole en continuant d’assurer ces risques, malgré le manque de rentabilité pour elles. Elles le font pour leur image de marque ce qui leur permet de vendre d’autres services plus rentables par ailleurs.

Cette réticence des compagnies d’assurance se comprend par les risques d’apparition ou de réapparition sournoise de mérule après un possible temps de latence. Dans le cas où un sinistre surviendrait au cours de cette période de garantie, quel acteur devrait en porter la responsabilité ? Le professionnel ayant procédé à la réalisation des travaux ou bien le propriétaire qui n’a pas pris toutes les précautions pour entretenir son habitation ? Les risques de litiges sont accrus face à ce phénomène qui s’étend de plus en plus sur notre territoire.

Le marché immobilier est quant à lui fragilisé par ce fléau puisque les acquéreurs hésiteront à investir dans des constructions ayant été touchées par la mérule, et n’auront aucune garantie sur son éradication définitive. Par ailleurs, le coût de financement des travaux de réparation éventuels et l’incertitude de trouver un assureur qui couvrirait la garantie décennale contribuent évidemment à déstabiliser ce marché.

QUELLES SOLUTIONS FACE AUX ENJEUX ?

Certes, la lutte contre la mérule est aujourd’hui reconnu par la loi ALUR (Accès au Logement et un Urbanisme Rénové) du 24 mars 2014 qui instaure au sein du code de construction et de l’habitation (CCH) une section à ce sujet, reconnaissant la mérule comme un fléau aux conséquences financières et sanitaires majeures. Elle impose d’ailleurs quatre niveaux d’obligations:

- Pour le propriétaire : la déclaration obligatoire en mairie dès lors qu’une présence de ce champignon est détectée ;

- Pour le Préfet : la délimitation des zones de présence d’un risque de mérule par arrêté préfectoral lorsque plusieurs foyers ont été identifiés ;

- Pour l’opérateur de diagnostic : l’obligation d’information sur la présence d’un risque de mérule en cas de vente d’un bien immobilier situé dans une zone concernée par l’arrêté préfectoral. Cependant, l’article 76 ne rend pas le diagnostic mérule obligatoire ;

- Pour l’entreprise de traitement : le traitement ou l’incinération sur place des bois et matériaux contaminés avant tout transport, en cas de démolition partielle ou totale d’un bâtiment infesté.

Pour autant, la législation seule, ne semble pas suffire. Cette loi va évidemment dans le bon sens mais elle pourrait être renforcée en rendant obligatoire le diagnostic mérule lors de toute vente immobilière par exemple, comme c’est les cas dans certaines communes du Finistère. Étant donné que la mérule est un problème très localisé, il est assez peu probable que la loi change. Par contre, pour les communes qui ont un taux de contamination allant jusqu’à 25 %, cela pourrait évoluer. Pour éviter toutes formes de complication, il pourrait tout de même être conseillé aux propriétaires de procéder à un traitement avant la vente de leur bien.

Les responsabilités sont multiples et les solutions ne peuvent être que collectives et coordonnées pour reprendre le contrôle de ce champignon.

Il est nécessaire également de mettre en valeur l’attitude des professionnels du BTP pour sensibiliser leurs clients, les pouvoirs publics afin de mettre en place des campagnes d’information, et de la même manière, inciter les grandes enseignes de bricolage, qui brassent une clientèle énorme, à communiquer sur ce thème au cours de périodes définies.

Faire prendre en compte la Mérule par les assurances habitation (pour l'instant la mérule est considérée trop souvent comme une exclusion dans les contrats.

D’autres solutions existent pour venir à bout de ce champignon quelque peu incontrôlable pour endiguer sa prolifération.

Par exemple, une entreprise de Bretagne s’est inspirée de techniques de mises en œuvre au Canada, grâce à la capacité olfactive d’un chien, tout comme certains sont formés à détecter des substances illicites, de l’explosif ou des truffes. Les résultats sont exceptionnels puisque dans 95 à 98% des cas, le marquage des zones par le chien a confirmé l’infestation, derrière les cloisons le plus souvent.

Concrètement, pour combattre un tel envahisseur, on a longtemps brûlé les habitations infestées. Aujourd'hui, d'autres solutions moins destructrices, comme le traitement thermique et chimique sont utilisées. Il faut avant tout repérer la souche mère et localiser les limites d’expansion du champignon sur les supports. Cette étape nécessitera que l'on démonte les planchers, les cloisons, que l'on casse certains crépis et que des sondages soient réalisés dans les murs. Ensuite, il faut lui couper l’accès à l'eau, en résolvant le problème qui a permis à la mérule de germer. Après quoi, on chauffe intensément les murs au chalumeau avant d’injecter un fongicide par des trous régulièrement espacés. Avant d'entreprendre de tels traitements, il faut se renseigner sur les sociétés car les charlatans font souvent payer cher des traitements peu efficaces. La certification CTBA+ (agrément du Centre technique du bois et de l'ameublement) est un indicateur de la fiabilité de l'entreprise en charge du traitement. Ces traitements chers rebutent les occupants et préparent de longues batailles avec les assurances. A un tel point que, lors des ventes, de plus en plus d'acheteurs veulent s'assurer de l'absence de la mérule dans le bâtiment.

La solution consiste à demander l’établissement d’un diagnostic dit « état parasitaire ». Il a été rendu obligatoire par la loi du 8 juin 1999 pour les communes sous le coup d'un arrêté préfectoral concernant les termites. Pour les zones qui ne sont pas concernées par les termites, il n'est pas obligatoire, mais fortement recommandé. L'état parasitaire représente une bonne garantie, à condition qu'il soit réalisé par un opérateur de diagnostic certifié et conduit selon la norme NF P- 03200, qui oblige à rechercher tous les agents de dégradation biologiques du bois (insectes, moisissures et champignons).

CONCLUSION

Avec les réglementations thermiques successives, nos habitations neuves associent tous les critères qui normalement constituent un obstacle aux champignons lignivores : étanchéité, isolation mais surtout ventilation.

Il n’en demeure pas moins que ces constructions conformes à la RT 2012, bientôt la RE 2020 (réglementation Environnement) vont vieillir et rejoindre au fil du temps le parc de bâtiments anciens et peut-être dégradés, si leurs propriétaires restent peu soucieux de l’entretien et du principe de ventilation. Surgiront alors de « nulle part » les mêmes pathologies, ou d’autres…

Sans compter sur le réchauffement climatique qui nous rappelle inlassablement que la Nature reprend toujours le dessus sur les réalisations de l’Homme, quels que soient la qualité des techniques de conceptions et celle des matériaux qu’il a su façonner.

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