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Quel sera le développement de la mérule aujourd’hui en France suivant les facteurs biologiques et climatiques

  • 23 avr. 2020
  • 9 min de lecture

Dernière mise à jour : 15 mars

APERÇU


De nombreux départements français sont actuellement envahis par la mérule, et les propriétaires touchés luttent souvent avec difficulté et à grands frais pour s'en débarrasser.

Traiter le problème de la mérule après qu'elle a déjà endommagé les parties cachées d'une structure, c'est comme essayer de soigner un coup de soleil en appliquant de la crème solaire sur les premières cloques... la peau finira par peler malgré tout.


Ce champignon, comme tout nuisible, a besoin de conditions favorables pour se développer. Cependant, l'interaction de diverses pratiques des particuliers, des professionnels du bâtiment, ainsi que des pouvoirs publics et des assureurs, explique ce processus de dégradation qui n'est pas seulement une fatalité biologique et climatique.

Nous verrons qu'il s'agit avant tout d'un processus sociologique, lié à l'évolution des modes de vie, générant d'autres processus économiques et politiques en lien avec les techniques de réhabilitation et les modes d'action développés par les pouvoirs publics.


Étant donné sa capacité à modifier les interactions entre divers acteurs, on peut se demander s'il existe des solutions ou des pistes pour, sinon éradiquer totalement la mérule de notre territoire, au moins freiner ou contenir sa progression.



HISTORIQUE :


Les dégâts provoqués par certains champignons domestiques et destructeurs du bois ne sont pas récents. Déjà, la Bible offrait des conseils pour traiter la mérule, surnommée « lèpre des maisons » ou « cancer des maisons », notamment dans des écrits de Moïse datant du XVe siècle avant Jésus-Christ. À cette époque, une maison affectée par ce fléau était considérée comme frappée d'un châtiment divin, un signe d'impureté, et toute personne y entrant était également jugée impure. Un rituel précis était prescrit par Dieu pour tenter de débarrasser les charpentes et même les pierres de cette « lèpre ». Si le problème persistait, il fallait alors retirer et transporter les matériaux contaminés dans un lieu impur, voire détruire l'habitation entière.


L'analogie entre la mérule et la lèpre n'est pas surprenante si l'on considère leurs effets. Dans les deux cas, les éléments atteints finissent inévitablement détruits.


Plus récemment, la mérule a été l'un des ennemis les plus redoutés de la Royal Navy. Au XVIIe siècle, le capitaine Nelson, vainqueur des troupes napoléoniennes à la bataille de Trafalgar, a vu une partie de sa flotte détruite par la mérule! En effet, la recommandation de traiter les troncs d'arbres destinés à la construction de sa nouvelle flotte, pour en extraire la sève, les faire sécher au soleil, puis les conserver avant leur utilisation finale, n'a pas été suivie. La moitié de ses navires ne put jamais prendre la mer.


La mérule n'est pas un champignon indigène. Se déplaçant de port en port, les souches de Serpula lacrymans ont d'abord migré en Amérique du Nord (notamment au Québec où elle cause de grands dégâts), puis en Amérique du Sud, et enfin en Océanie et en Europe.


Elle se serait implantée en France à travers les échanges commerciaux avec les États-Unis, soit par l'importation de bois de construction depuis l'Oregon, soit plus probablement par son installation dans les coques de bois des navires marchands, la propageant ainsi dans de nombreux ports occidentaux. La carte de son infestation en France met en lumière ce déploiement le long du littoral.



DESCRIPTION DU CHAMPIGNON


La mérule « pleureuse » est un champignon macroscopique, visible à l'œil nu. En surface, elle ressemble à de la ouate épaisse ou à une toile d'araignée blanche, qui devient progressivement grise. On la qualifie souvent de champignon parasite, mais ce terme est inexact, car un parasite vit aux dépens d'un organisme vivant, alors que le bois utilisé dans les constructions est du bois mort, ce qui en fait plutôt une espèce saprotrophe nuisible.


La mérule se nourrit donc du bois et se propage en le détruisant, lui faisant perdre toute rigidité, ce qui peut entraîner un risque d'effondrement si elle attaque des poutres ou des escaliers en provoquant une pourriture à fractures profondes dite cubique. Le champignon doit bénéficier de conditions idéales pour se propager : espaces obscurs, humides, mal aérés et où la température est régulière et tempérée.

Au début de sa croissance, sous sa forme végétative, la mérule s'étend sous forme de nombreux filaments, qui en s'agglomérant forment le mycélium, de consistance ouateuse ou laineuse assez épais. C'est le contact du mycélium avec le bois humide qui fournit au champignon les nutriments nécessaires pour croître.


Ensuite, si les conditions deviennent défavorables à la production de mycélium (par exemple par une diminution de l'humidité ou l'absence de substrat nutritif), des structures en forme de crêpes, appelées sporophores, s'étalent à la surface des murs, du bois, parfois du sol. Leur contour est sinueux. La marge est blanche et le centre ridé, visqueux et de couleur rouille soutenue.

Ces sporophores, qui sont en fait la fructification du champignon, peuvent mesurer de quelques dizaines de centimètres à deux mètres de large et produisent alors des spores qui se dispersent dans l'air ambiant, assurant ainsi la reproduction du champignon. Un sporophore de 10 cm2 peut libérer dans l'atmosphère 4 à 5 milliards de spores ! C'est la formation de mycélium ou la présence de sporophores sur les surfaces exposées telles que la maçonnerie, les plinthes et les cadres de portes qui révèlent la présence de la mérule dans un bâtiment, alors que les surfaces non apparentes et confinées sont déjà colonisées. Cependant, la plupart du temps, le mycélium ne forme pas de sporophores.


Cette forme luxuriante décroît alors en épaisseur et devient plus coriace lorsque l'humidité vient à manquer. Elle prend alors une coloration plutôt gris sale parfois marbrée de beige ou de violet.



Quand elle a épuisé les réserves de bois ou que les conditions ne lui sont plus favorables, la mérule n'arrête pas pour autant sa progression. Elle utilise un mode d'action surprenant pour attaquer d'autres boiseries, même sèches.

Pour ce faire, elle déploie des filaments mycéliens très fins, les hyphes, qui mesurent quelques millièmes de millimètre de diamètre, et qui s'assemblent pour former de petits cordonnets appelés syrrotes. Ces syrrotes, de couleur gris brun, dont le diamètre peut atteindre 15 mm, ont une fonction simple : prospecter au cœur du bois et même à travers les joints de maçonnerie, à la recherche d'une nouvelle source d'humidité lui permettant de survivre. L'eau y transite, mettant moins de deux heures pour voyager sur un mètre. Ainsi, une maison mitoyenne saine peut être sujette à une invasion de mérule. En outre, si elle ne trouve plus les conditions nécessaires à sa croissance, elle peut rester à l'état de latence et recommencer à s'étendre lorsque les conditions seront à nouveau présentes. Cet endormissement peut durer plusieurs années.

L'infestation fongique se développe de façon omnidirectionnelle jusqu'à douze centimètres par semaine. L'odeur du champignon est désagréable et légèrement fétide avec l'âge.


Il est possible de confondre la mérule avec le « coniophore des caves », qui attaque des bois à des humidités supérieures à 40 pour cent et qui n'est pas destructeur comme la mérule.


LES FACTEURS BIOLOGIQUES ET CLIMATIQUES :


La mérule se développe presque exclusivement dans les bâtiments. Bien que d'autres champignons lignivores puissent également coloniser ces structures, la mérule est particulièrement préoccupante car elle est considérée, à juste titre, comme la plus destructrice et la plus difficile à contrôler parmi toutes les espèces.


Plusieurs conditions sont nécessaires à son développement et sa prospérité :


Des nutriments :


La mérule est un champignon lignivore qui se nourrit de la cellulose du bois, riche en lignine. La lignine confère au bois sa rigidité, son imperméabilité à l'eau et sa résistance à la décomposition. L'absorption de la lignine entraîne la décomposition du bois et la destruction de ses propriétés structurantes. Toutes les essences de bois peuvent être attaquées par le champignon, bien qu'il préfère les résineux (pin, sapin et épicéa) sans pour autant dédaigner les bois durs.


De l'humidité dans le support :

Une humidité suffisante au cœur du matériau est indispensable pour que la mérule digère la cellulose. Un taux moyen d'humidité du bois entre 22 % et 35 % est particulièrement favorable. Au-delà de 40 %, elle cesse de se développer, en dessous de 22 %, elle meurt. Cependant, les syrrotes peuvent lui fournir l'eau nécessaire pour continuer son œuvre destructrice.


Température :

La plupart des champignons sont mésophiles, se développant autour de 20 °C. Ils résistent bien aux basses températures, qui semblent même favoriser leur croissance lorsque les conditions normales sont rétablies. Les spores survivent à des températures de l'ordre de 80 °C, tandis que les mycéliums sont détruits autour de 55 °C. Certains biologistes estiment que la mérule entre en dormance au-delà de ses températures de confort, attendant de meilleures conditions. Cette période de dormance peut durer plusieurs années.

Confinement :

Contrairement aux plantes chlorophylliennes, la lumière n'est pas essentielle à la croissance des champignons. Cependant, un peu de lumière est nécessaire pour développer des sporophores, c'est-à-dire fructifier. La mérule préfère donc les espaces confinés, peu lumineux et surtout peu ventilés.

La prolifération de la mérule est souvent due à une rupture de l'équilibre hydrique des constructions, entraînant une humidité anormalement élevée des éléments en bois.

Cette rupture hydrique peut avoir plusieurs sources qui, lorsqu'elles se combinent, génèrent une surproduction de vapeur d'eau et créent des conditions idéales pour le développement du champignon : le métabolisme des organismes vivants, donc des occupants (par sudation ou respiration), leurs activités domestiques (cuisson, séchage du linge, douche, etc.), les eaux de ruissellement et les remontées d'eau par capillarité, ainsi que les infiltrations d'eau dans la construction (dégâts des eaux, infiltration dans les menuiseries extérieures, les toitures, les canalisations défectueuses, à la suite d'un incendie ou de tout autre dégât des eaux non traité rapidement, etc.).

Cependant, une maison bien entretenue, bien utilisée et bien ventilée ne fournira jamais à la mérule les conditions nécessaires à sa prospérité.



CONDITIONS DE DEVELOPPEMENT DE LA MERULE A L'INTERIEUR DES BATIMENTS :


La mérule se développe rarement à l'extérieur. Elle peut pénétrer dans un bâtiment par le transport aérien de spores ou de fragments de mycélium (via des fenêtres, systèmes de ventilation ou portes ouvertes) provenant d'un environnement déjà contaminé, ou encore par le biais de vêtements, semelles de chaussures, animaux domestiques ou bois contaminé.

Il est important de noter que la présence de spores ne conduit pas systématiquement à la contamination d'un bâtiment. De même, les moisissures, spores ou fragments de mycélium déposés dans un bâtiment bien entretenu ou conforme aux normes de construction actuelles ne peuvent pas se développer, peu importe leur quantité, car ils ne trouvent pas les conditions favorables. La croissance de la mérule est plutôt favorisée dans des bâtiments sujets aux infiltrations d'eau, mal entretenus ou non conformes aux normes de construction.


Les bâtiments inoccupés pendant de longues périodes ou abandonnés et non entretenus, ainsi que les chalets saisonniers convertis pour un usage quatre saisons, peuvent offrir plusieurs conditions propices à la croissance de la mérule. L'humidité emprisonnée dans la structure du bâtiment et dans les endroits sombres et non ventilés constitue un environnement idéal pour son développement.

C'est également le cas lorsque des matériaux peu ou non perméables à la vapeur d'eau (qui ne favorisent pas le séchage), comme les pare-vapeur ou certains isolants, sont mal utilisés ou mal installés.


Présence d'eau ou d'humidité dans les matériaux de bois, papier et carton mouillés, absence ou très faible luminosité, ventilation absente et température entre 5 °C et 26 °C : toutes les conditions sont réunies pour que la spore puisse « germer », entraînant alors le développement des « hyphes filamenteux » qui formeront en grossissant le mycélium.


L'infestation par la mérule devient souvent visible par la présence d'un sporophore (anciennement carpophore), après une longue période d'absence ou lors d'une inspection d'un local rarement utilisé. À ce stade, le mycélium a déjà envahi des espaces dissimulés contenant de la cellulose : derrière les papiers peints, sur le mobilier en bois, le papier kraft des isolants ou celui des plaques de plâtre. Et cette infestation peut être rapide, envahissant une paroi complète d'une pièce en quelques jours seulement.

La dégradation des bois de structure entraîne rapidement l'effondrement des éléments de charpentes, de planchers, ou tout autre contenant de la cellulose. Le point faible des constructions anciennes est l'encastrement des poutres et solives dans les murs. Les dommages sont irréversibles si le propriétaire tarde à engager des travaux de décontamination, mais le processus de dégradation s'arrête lorsque les conditions sont corrigées, en réduisant le taux d'humidité, en asséchant ou en remplaçant les matériaux humides et en assurant une ventilation adéquate.

Certainement, la mérule est plus susceptible de dégrader le bois mou de résineux, mais cela ne l'empêche pas d'attaquer les bois durs : peu importe l'essence, le bois ne doit pas rester en contact avec l'eau ou l'humidité élevée. Dès les premiers stades de développement, elle colonise et détruit ce bois qui devient alors brunâtre, s'effrite et se fragmente (pourriture cubique brune ou pourriture sèche).


Outre les dégâts causés au bâti, des études soulèvent la question des risques sanitaires, notamment allergiques, liés à cette dissémination des spores.

Actuellement, la mérule prospère partout en France, mais surtout dans les départements où le taux d'humidité est élevé (la Bretagne, le Nord de la France et plus généralement dans le grand Ouest). Aujourd'hui, une cinquantaine de départements ont été identifiés comme étant à risque.




LES PROCESSUS DE DEGRADATION SELON D'AUTRES FACTEURS :


Outre les conditions climatiques favorisant le développement de la mérule, divers comportements et pratiques contribuent à maintenir l'équilibre écologique nécessaire à sa survie.


Les processus sociaux favorisant la mérule s'expliquent par deux principaux facteurs : d'une part, la perception que les propriétaires ont de leur habitation, et d'autre part, les évolutions des modes d'occupation, influençant l'évolution de certains quartiers.



  • La perception de la durabilité des constructions réduit les efforts d'entretien :


Beaucoup de personnes pensent à tort que leur bien immobilier a une durée de vie presque éternelle, que le passage du temps a peu d'impact sur lui. C'est notamment le cas dans notre département du Nord, où les habitations de type 1930, voire plus anciennes, paraissent effectivement inaltérables. Elles sont là, alignées et debout depuis près d'un siècle, et deviennent même de plus en plus agréables à vivre.

Lorsque les propriétaires en sont les occupants, ils entreprennent les travaux nécessaires pour un certain confort, mais ceux qui louent leur bien ont du mal à envisager de financer l'entretien sur des décennies, ou du moins régulièrement,


 
 
 

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